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Nigeria : des centrales électriques à l’arrêt faute de paiement

Le Nigeria traverse une nouvelle phase critique dans sa crise énergétique chronique. Des sociétés de production d’électricité (GenCos) ont commencé à fermer leurs centrales au gaz, incapables de faire face à une dette colossale qui pèse désormais sur tout le secteur.

La moitié des centrales hors service

Selon des données de l’opérateur du réseau national, 16 des 33 centrales électriques du réseau national ne fournissaient plus d’électricité en milieu de semaine. Les installations toujours en activité ne produisent ensemble qu’environ 3 700 mégawatts — bien en deçà des besoins d’un pays de 220 millions d’habitants, où seule la moitié de la population est raccordée au réseau et où les coupures sont déjà quotidiennes.

Une dette de 6 800 milliards de nairas

Au cœur du problème : une dette accumulée envers les GenCos, qui atteint environ 6 800 milliards de nairas, constituée sur plusieurs années en raison de déficits de paiement persistants de la part de la Nigerian Bulk Electricity Trading Plc (NBET), l’entité publique chargée d’acheter l’électricité aux producteurs pour la revendre aux distributeurs.

La patronne de l’Association des sociétés de production d’électricité, Joy Ogaji, ne mâche pas ses mots : « Oui, c’est à 120 % correct de dire que la dette est la raison pour laquelle nous sommes dans l’obscurité. »

Les fournisseurs de gaz coupent les vivres

Le problème se répercute en cascade sur toute la chaîne d’approvisionnement. Les fournisseurs de gaz ont prévenu les GenCos qu’ils n’assureraient plus de livraison sans paiement préalable. Or les centrales thermiques, qui fonctionnent au gaz, représentent environ 70 % de la capacité de production nationale. Les besoins en gaz des centrales sont estimés à 1 630 millions de pieds cubes standard par jour, mais l’approvisionnement réel ne couvrait que 43 % de ce volume en février 2026.

Des réponses insuffisantes face à un système à bout

Le gouvernement fédéral a lancé une émission obligataire de 501 milliards de nairas pour commencer à apurer les dettes du secteur. Mais les acteurs de l’industrie avertissent que ces mesures restent très en deçà de l’urgence, et sans réforme structurelle portant sur la tarification, le recouvrement des revenus et la gouvernance du marché, la dette pourrait atteindre 8 800 milliards de nairas d’ici fin 2026.

Un défi structurel aux conséquences durables

La crise actuelle illustre une contradiction profonde : le Nigeria est le premier producteur de pétrole d’Afrique et dispose d’immenses réserves de gaz naturel, mais ne parvient pas à alimenter correctement ses propres habitants. L’accès à une électricité fiable reste l’un des principaux freins à l’industrialisation du pays, pénalisant les entreprises contraintes de s’équiper en générateurs privés et aggravant les inégalités entre ceux qui peuvent se les offrir et les autres. Sans une réforme en profondeur de la chaîne de financement et de gouvernance du secteur, le Nigeria continuera de dilapider un potentiel énergétique considérable — au détriment de sa croissance et de sa population.

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