M. Ghrieb et M. Mahaman signant le mémorandum d’entente sur les hydrocarbures. (image : radio algérienne)
Les 23 et 24 mars 2026, la capitale nigérienne a accueilli la deuxième session de la Grande Commission mixte algéro-nigérienne de coopération. Avec une vingtaine d’accords signés et un coup d’accélérateur donné au gazoduc transsaharien, ce sommet marque un tournant décisif dans les relations entre Alger et Niamey.
Un tournant dans la coopération bilatérale
Le Centre international des conférences Mahatma Gandhi de Niamey aura rarement accueilli une rencontre aussi chargée de symboles. Les 23 et 24 mars 2026, les travaux de la deuxième session de la Grande Commission mixte algéro-nigérienne de coopération se sont conclus par la signature de plusieurs accords et mémorandums d’entente. Une réunion au sommet, co-présidée par les Premiers ministres des deux pays, qui s’inscrit dans la continuité d’une réconciliation diplomatique menée tambour battant depuis le début de l’année.
Pour comprendre l’ampleur de cet événement, il faut rappeler le contexte. Après près d’un an de brouille diplomatique, l’Algérie et le Niger ont amorcé une normalisation de leurs relations, marquée par le retour simultané de leurs ambassadeurs le 12 février 2026. Ce dégel a été suivi d’un sommet fondateur : la présente session s’est tenue en application des hautes directives prises lors de la visite effectuée en Algérie les 15 et 16 février 2026 par le Président de la République du Niger, le général Abdourahamane Tiani, sur invitation de son homologue Abdelmadjid Tebboune, visant à insuffler une dynamique renouvelée à la relation entre les deux pays.
La cérémonie officielle de signature a été coprésidée par le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine et son homologue algérien Sifi Ghrieb, en présence de membres des deux gouvernements et de hauts responsables sectoriels. Pour le chef du gouvernement algérien, la portée de cette session dépasse le cadre habituel d’un dialogue bilatéral. Il a qualifié cette rencontre de « nouveau jalon dans le long parcours de la coopération algéro-nigérienne » revêtant « une dimension historique et stratégique toute particulière ».
Une vingtaine d’accords dans tous les secteurs clés
La liste n’en finit pas. Les accords de partenariat portent sur une multitude des domaines stratégiques, notamment la défense et la sécurité, l’énergie ou encore le commerce, les télécommunications, le numérique, la santé, l’agriculture, la formation, la numérique l’enseignement supérieur, la jeunesse et les sports.
Sur le plan sécuritaire et transfrontalier, une séance de travail a réuni les ministres de l’Intérieur des deux pays, portant sur la sécurité, la migration, la coopération transfrontalière, ainsi que la formation et le partage d’expériences dans plusieurs domaines de la vie socioéconomique. Un volet particulièrement sensible dans un Sahel encore traversé par des crises multiples.
Sur le plan énergétique et commercial, les engagements pris sont concrets. Parmi les projets annoncés figurent la réalisation du gazoduc transsaharien et la construction d’une centrale électrique de 40 MW à Niamey. Le Premier ministre nigérien a souligné la disponibilité des deux parties à renforcer la coopération en mettant un accent particulier sur la promotion des échanges commerciaux, les secteurs de l’énergie, des hydrocarbures, de l’agriculture, de la formation professionnelle et technique, des infrastructures, transports et routes.
Le gazoduc transsaharien en toile de fond
C’est autour du gazoduc transsaharien que se joue, en réalité, l’essentiel de ce rapprochement. Le TSGP prévoit un tracé d’environ 4 200 km reliant les gisements gaziers du Nigeria à l’Algérie via le Niger, pour une capacité de transport estimée à 30 milliards de mètres cubes de gaz par an. Le projet est entré dans une phase opérationnelle inédite : le 17 mars 2026, Sonatrach a dépêché une délégation à Niamey pour collecter des données techniques liées au tracé du gazoduc sur le territoire nigérien et examiner le cadre juridique et réglementaire applicable.
Pour l’Algérie, ce gazoduc est un instrument de puissance régionale : il lui permet de se positionner comme hub énergétique incontournable entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe, à l’heure où le Vieux Continent cherche à diversifier ses approvisionnements depuis la rupture avec la Russie. Alger apporte à ce projet son expertise, ses infrastructures existantes et son accès direct aux marchés européens via les gazoducs Medgaz et Transmed. Pour le Niger, le TSGP représente à la fois un levier de désenclavement et un outil de légitimation pour des autorités militaires en quête de résultats économiques tangibles. Le projet conserve d’ailleurs un avantage structurel décisif sur le tracé concurrent marocain, long de 6 000 kilomètres et devant traverser 13 pays pour un coût minimum deux fois supérieur.
Ce que les deux capitales africains auront ainsi consacré en ce mois de mars 2026, dépasse ainsi largement les seuls enjeux de la coopération bilatérale. L’axe Niamey-Alger est appelé à remodeler durablement la géopolitique énergétique de la région.



