L’Éthiopie vient de franchir une étape majeure dans son ambition de devenir un acteur clé des énergies vertes en Afrique. Lors du forum « Invest in Ethiopia » organisé fin mars à Addis-Abeba, le pays a signé des accords d’investissement totalisant 13,1 milliards de dollars dans les secteurs des énergies renouvelables, de la production d’ammoniac vert, des mines, de la fabrication et de l’immobilier.Le projet le plus emblématique de cette vague d’investissements est celui du groupe chinois Ming Yang Smart Energy (également connu sous le nom de Mingyang).
Ce géant privé basé au Guangdong, l’un des plus grands fabricants d’éoliennes au monde, s’engage à investir plus de 10 milliards de dollars dans la production d’énergie renouvelable, d’hydrogène vert et d’ammoniac vert, ainsi que dans la fabrication d’équipements électriques. Selon la Commission éthiopienne des investissements (EIC), il s’agit d’« un mouvement transformateur pour le secteur de l’énergie ».Ming Yang, qui produit également des panneaux solaires et des électrolyseurs, prévoit notamment de développer la production d’ammoniac vert destiné, selon les premières indications, à l’exportation. L’annonce a été confirmée par l’EIC et relayée par Bloomberg juste après le forum. Le fondateur et président du groupe, Zhang Chuanwei, avait d’ailleurs fait le déplacement en Éthiopie au même moment.Ces accords s’inscrivent dans une série plus large d’investissements étrangers. Parmi les autres partenaires figurent des entreprises polonaises, indiennes et kényanes, notamment dans la fabrication solaire, l’équipement électrique et l’exploitation minière.
Zeleke Temesgen, directeur de la Commission éthiopienne des investissements, a salué ces signatures tout en restant lucide :
« Ce sont de grands succès, mais ils ne sont qu’un point de départ. Le vrai succès sera de voir à quelle vitesse ces engagements se traduiront par des réalisations opérationnelles sur le terrain. »
Le rôle croissant de la Chine au cœur de la transition énergétique éthiopienne
Au-delà des chiffres impressionnants, cet accord marque une nouvelle étape dans le rôle croissant de la Chine en Afrique. Traditionnellement présente dans les grands projets d’infrastructures (barrages, routes, chemins de fer), Pékin étend désormais son influence au secteur des technologies vertes et de l’hydrogène.
En misant massivement sur l’ammoniac vert et les électrolyseurs via Ming Yang, la Chine accompagne l’Éthiopie dans sa stratégie de valorisation de son formidable potentiel renouvelable (hydroélectricité, éolien et solaire) tout en sécurisant des débouchés pour ses propres technologies.Pour Addis-Abeba, ces investissements représentent bien plus qu’un simple afflux de capitaux : ils accélèrent la diversification de l’économie, créent des emplois qualifiés et positionnent le pays comme futur exportateur de combustibles verts vers l’Europe et l’Asie. Pour la Chine, c’est l’occasion de consolider son leadership mondial dans la transition énergétique tout en renforçant ses partenariats stratégiques sur le continent africain.L’Éthiopie, qui a déjà dépassé la barre des 5 000 MW installés grâce au barrage de la Renaissance, semble bien partie pour transformer son potentiel énergétique en véritable levier de développement. Reste désormais à concrétiser ces promesses sur le terrain, comme le rappelait Zeleke Temesgen. Le compte à rebours est lancé.


